
En juin dernier, le chanteur sénégalais Lass sortait son premier album intitulé Bumayé. Le choix de ce titre apparaît comme une référence au cri de soutien du peuple zaïrois à Mohamed Ali en 1974, lors de son célèbre combat contre George Foreman à Kinshasa. Si « bumayé » signifie « tue-le » en lingala, cela veut aussi et surtout dire « vas-y » ou « bats-toi ». C’est une façon pour Lass d’évoquer son parcours personnel tout en adressant à la jeunesse sénégalaise, et plus largement africaine, un message d’espoir et d’émancipation. Installé en France depuis 2008, Lass, de son vrai nom Lassana Sané, a dû parcourir un chemin semé d’embûches, de son Sénégal natal jusqu’au succès rencontré aujourd’hui. Il connaît en effet une enfance difficile en banlieue de Dakar, où il se débrouille comme il peut pour payer le transport l’emmenant à l’école, et où il perd de nombreux amis, disparus en mer en tentant de rejoindre l’Europe sur des pirogues de fortune. Alors qu’il travaille quelques temps comme pêcheur, il se consacre de plus en plus à sa passion pour le chant en travaillant sa voix tous les jours dans un certain isolement, seul face à la mer, et ce, durant deux ans. Malgré les épreuves vécues et évoquées dans ses textes chantés entièrement en wolof, Lass nous offre avec Bumayé un album afropop entraînant se voulant très optimiste.
Aujourd’hui le chanteur sort un EP composé de sept remixes de morceaux de son album. Si cet opus présente une tendance clairement electro, notamment avec la participation du duo Synapson, nous avons choisi de vous proposer un remix sortant quelque peu du lot, dans un genre bien différent. Il s’agit du titre Metina, réinterprété avec brio par Arat Kilo, un des meilleurs groupes français d’éthio-jazz. Avec leurs instruments (guitare, basse, batterie, percussions, trompette et saxophone), les musiciens nous livrent une version à la fois « moderne et psyché » comme l’indique Lass lui-même. Pour accompagner le chanteur sénégalais, la talentueuse brésilienne Flavia Coelho vient poser sa voix douce et chaleureuse. Les deux artistes y évoquent les souffrances liées à l’exil et l’esclavage.
A noter que Lass est programmé à la prochaine édition du festival des Vieilles Charrues.